
Marion Chombart de Lauwe a développé et épanoui son parcours artistique dans un contexte pluridisciplinaire et de mariage entre les arts du spectacle et les arts visuels.
Le dessin accompagne la manière dont Marion Chombart de Lauwe habite le monde depuis l’enfance. Geste d’attention et de présence, il lui permet de capter la vibration du réel. Restée au cœur de sa démarche, cette pratique s’est peu à peu élargie à la matière elle-même : bois, métal, fragments d’architecture ou matériaux récupérés deviennent les supports d’une écriture graphique qui explore la transformation et la trace.
Formée au théâtre et à l’anthropologie, elle développe depuis plus de quinze ans une œuvre située au croisement du dessin, de la gravure et de l’exploration des lieux. D’abord comédienne, elle s’oriente en 2010 vers la gravure en taille-douce, découvrant dans la notion de transfert — d’une matrice à une autre, d’un support à un autre — un principe fondateur de sa démarche plastique. Son regard se déplace alors de la scène vers les arts plastiques, des gestes du jeu vers ceux du trait.
Intégrant les outils technologiques et numériques à la gravure, elle invente peu à peu un procédé singulier : la Kalyptographie. Du grec kalúptō (couvrir, dissimuler) et gráphein (écrire, tracer), cette technique associe dessin in situ, gravure (manuelle ou laser) et matériaux récupérés dans des bâtiments promis à la démolition. Sur ces fragments de métal, de bois ou de pierre, l’artiste transfère ses dessins réalisés sur place, empreints des vibrations du lieu et de ceux qui l’habitent. Chaque Kalyptographie devient le palimpseste d’un paysage en mutation — un passage entre disparition et résurgence.
Si son geste prolonge la tradition de l’estampe — par le travail de la trace, de la matrice et de l’empreinte —, il s’en émancipe pour investir le réel lui-même comme surface d’impression. Là où la gravure travaille la plaque, Marion Chombart de Lauwe grave la matière du monde. Les architectures deviennent supports, les dessins deviennent matrices, et les territoires en mutation sont des révèlateur d’impressions. L’artiste interroge ainsi la mémoire matérielle et sociale des lieux : sous la poussière et les couches de revêtement, elle exhume les récits humains, les voix, les présences invisibles.
Ses œuvres naissent d’une immersion dans le terrain. Elle arpente les chantiers, friches, usines ou quartiers en transformation, où elle dessine sur le vif les lignes du changement. Ce travail du corps, de la marche et de la rencontre confère à la Kalyptographie une dimension humaine : chaque œuvre porte les traces des personnes croisées — ouvriers, habitantes, passants — qui nourrissent son geste et son imaginaire.
Cette recherche a trouvé un écho fort dans le champ patrimonial et muséal. En 2024, l’œuvre La Rhodia – Kalyptographie 5, Instant 4 est entrée dans les collections nationales des Musées de France, au Musée du Temps de Besançon, où elle est reconnue comme trésor national. Cette pièce gravée sur métal issu de l’ancienne usine Rhodiacéta prolonge une série de dix gravures en taille-douce acquises précédemment par le même musée. À travers elle, la Kalyptographie s’inscrit dans la continuité d’une histoire industrielle et ouvrière, tout en offrant une lecture contemporaine des paysages en œuvre.
Parallèlement, Marion Chombart de Lauwe inscrit ses œuvres dans l’espace public : six Kalyptographies sont installées place de la Pointe à Pantin, à proximité des anciens Magasins Généraux, comme empreintes de mémoire au cœur de ces mutations urbaines. Quatre autres pièces rejoindront prochainement l’espace public de l’île de Nantes, sur le site de l’ancienne Fabrique à Glace. Ces présences pérennes dans la ville prolongent le geste de l’artiste : une écriture gravée dans la matière du territoire, offerte aux passants comme à la mémoire collective.
Au delà du travail sur les paysages en œuvre, elle s'inscrit dans une démarche libre et atypique, s’efforçant de prendre la température de ce monde à travers l'espace et sa représentation, traçant si possible avec poésie et intensité, les paradoxes et complexités de nos perpétuelles transformations.
Elle développe aussi une pratique performative du dessin : à l’aide d’un rétroprojecteur analogique, ses lignes se déploient en direct lors de concerts dessinés. Progressifs, improvisés et éphémères, ces paysages lumineux dialoguent avec la musique et le public dans une tension poétique et vibrante.
À l’aide de dessin de métal, de pochoir, de gravure, de peinture, de la broderie, de dessins animés éphémères… elle assemble des bouts de réel et d’imaginaire, d'espace et de mémoire advenue, passeuse et passagère de mondes insaisissables et laissés comme tels.
Documents à consulter :
Présentation du projet en français / Project presentation in english
Catalogue d'œuvres